De voile et de lumière
02 Fév

De voile et de lumière .

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Vaincu par les Abbassides près de La Mecque en 786, Idrîss Ier trouve refuge chez les Awraba, tribu berbère vivant aux alentours de Meknès. Trois ans plus tard, il instaure son royaume idrisside, considéré comme les fondations de l’Etat du Maroc.
A l’image d’une histoire politique témoin de fiançailles entre différents peuples, le costume marocain s’est enrichi d’une multitude d’influences et a influencé à son tour la mode occidentale à partir des années 70.

Au fil de l’éclectisme
Entre vestiges romains, style mauresque, poésie persane, jardins andalous, terre d’Afrique et d’Islam, culture berbère et conquêtes arabes, la mode marocaine perpétue son art de l’éclectisme. La djellaba, à l’origine portée par les hauts dignitaires avant d’avoir été popularisée, ainsi que le caftan, d’abord exclusivement masculin avant que s’en emparent jalousement les femmes, auraient été importés depuis l’Empire Ottoman. Vêtements d’intérieur ou estival, la gandoura accompagnée du sarouel composent également l’habit marocain typique.

L’Empire chérifien en noir et blanc
Lorsque le photographe américain Irving Penn installe son studio en 1971 à Guelmim au Maroc, il propose à des danseuses de guedra de poser, voilées, pour sa série « Mystère voilé du Maroc » qui sera publiée en couleurs dans Vogue. Etrangement, le regard des danseuses que l’on discerne à travers l’opacité du tissu prend d’autant plus d’importance qu’il est soit quasi absent, soit lui seul visible sous leurs coiffes précieuses.
Le relief des drapés extrêmement travaillé par Irving Penn, à la manière d’un sculpteur, est accentué par l’usage du noir et blanc, si bien que les modèles voilés de la tête aux pieds prennent des allures de statues antiques. L’ombre des voiles sombres et des silhouettes que l’on distingue à peine contraste avec la brillance des tissus et parures.

La palette luxuriante de Majorelle
Yves Saint Laurent découvre Marrakech en 1966 : « Pour moi, c’est le paradis. […] Marrakech m’a ouvert à la couleur. » La révélation est immédiate. Peut-être y retrouve-t-il cette lumière chaude et acérée de son enfance algérienne ? Le couturier élit comme havre de paix le jardin Majorelle où les couleurs se côtoient selon une harmonie picturale et d’où il dessinera désormais ses collections en toute sérénité.
Par la suite, on retrouve les glycines de bougainvillées cousues sur des capes aux teintes chatoyantes et ainsi que des assortiments de couleurs complémentaires surprenants. Les turbans, les capuchons de djellaba et les voiles qui n’en finissent pas dialoguent avec les broderies des caftans réinventés.

Pays de l’artisanat par excellence, contrée abritant une population composite et des paysages variés, le Maroc peut se targuer d’être une source d’inspiration visuelle inépuisable pour les couturiers et les photographes de mode (outre Irving Penn, Henry Clarke, Vincent van de Wijngaard…). Tous viennent y puiser cette lumière éblouissante qui donne aux couleurs (ou même au noir et blanc) un éclat à nul autre pareil.

IG

Vignette : Marisa Berenson vêtue d’un caftan de soie signée Tina Leser et photographiée par Henry Clarke, photographie parue dans Vogue US en novembre 1967 (source : happyknowledge.com).

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