Podemods & Cie
16 Fév

Podemods & Cie .

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En cette année 1958, le designer britannique Gerald Holtom dessine le logo de la Campagne pour le désarmement nucléaire sans savoir quel impact symbolique et spectral il aura les décennies suivantes. Le tracé d’une patte de pigeon encerclée devient l’étendard de toute une communauté partageant des valeurs notamment pacifistes et écologiques.

La haute couture parisienne connaît alors son Age d’Or ; Emanuel Ungaro entre chez Balenciaga ; tandis qu’outre-Manche émergent les mods (modernistes par opposition aux trads, les traditionalistes)… ces saltimbanques de l’East London, ces acharnés de la Vespa reconnaissables à leurs parkas protectrices du crachin britannique et à leurs Tonic suits sur mesure.
Jeans Levi’s, polos Fred Perry, Clark’s cirées de près, ils débarquent avec leur way of life urbain aux influences métissées : musique noire américaine, insouciance Nouvelle Vague, style entre Dolce Vita et Angleterre victorienne. Chez les filles, les jupes se raccourcissent sous l’impulsion de Twiggy, Mary Qant et la présentatrice devenue leur coqueluche, Cathy McGowan.
Prêts à dégainer le hameçon à la moindre embuscade, en duel perpétuel contre les rockers qu’ils jugent ringards, ces dandys, lointains ancêtres des Hard Mods, eux-mêmes ancêtres des Skinheads, seront peu à peu détrônés par une nouvelle espèce de jeune, bien plus pacifiste… les « hippies » de San Francisco qui s’accapareront sans tarder le signe de la CND.
L’ingérence hippie du symbole de Gerald Holtom lui donne alors le sens de Peace & Love, maîtres-mots de cette « génération Woodstock », et envahit leurs T-shirts engagés. Contre l’armement nucléaire, contre la guerre au Vietnam, contre la société consumériste et la pollution de Gaïa, notre chère planète bleue, les hippies, ces éternels adolescents en rébellion contre leurs parents se révoltent en mangeant des champignons, mais pas seulement.
Outre leur passivité, un autre de leurs moyens de rébellion très marqué et marquant : leur style. Cheveux longs en opposition aux crânes rasés des soldats du Vietnam, pieds nus en opposition à l’hyper-hygiénisme américain, pantalons à pattes d’éléphant, robes longues et bijoux indiens le long du bras, fleurs et bandeaux dans les cheveux et peaux de bête prônant un retour à la nature et ses bienfaits.
L’authentique odeur de laine de mouton se joint aussi à l’artisanat improvisé et la créativité hallucinatoire du Tie and dye, technique certes approximative mais somme toute très personnelle et très do it yourself. Quoiqu’il en soit, l’esthétique Peace & Love n’a pas dit son dernier mot puisque les créateurs y puisent de temps en temps leur inspiration : Jean Paul Gaultier sublime une Inde hippie mystique ; Alberta Ferretti privilégie le daim et les franges ; Roberto Cavalli les longues robes à motifs psychédéliques ; quant à Emilio Pucci, il emploie sans sourciller le crochet, le Flower Power, le pantalon pattes d’eph’ et le Tie and dye.

Plus déroutants que les mods, les zadistes de l’époque ont donc su imposer leur combat en faveur de la Paix sans arme, ni shampoing. Contrairement aux Podemos, printemps arabe et autres indignés, les hippies n’ont jamais formé de parti politique, mais ils ont bel et bien engendré un parti pris stylistique. Namasté.

IG

Source vignette : silhouette Jean Paul Gaultier – http://www.vogue.fr.

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