Splendeurs et misères des courtisanes
13 Avr

Splendeurs et misères des courtisanes .

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Il est un film où la misère humaine côtoie des décors raffinés dans le plus grand des contrastes. Où des courtisanes contraintes aux pires infamies sont revêtues de robes et de parures qui ne laissent transparaître de leur âme flétrie que l’ennui de l’habitude.

Cet endroit, Bertrand Bonello l’a nommé « L’Apollonide », une maison close qui abrite à l’aube du XXe siècle ces femmes bafouées. Un titre inspiré du prénom de l’une des muses de Baudelaire, Apollonie Sabatier. Hommage à ses fleurs du Mal ? au poète qui osa rendre à une charogne sa beauté morbide ?

Cette esthétique si particulière à Bertrand Bonello provoque chez le spectateur des sentiments ambivalents. Le réalisateur de l’un des deux biopics sortis en 2014 sur Yves Saint Laurent porte une vive attention à l’aspect visuel de ses pellicules et surtout à ses costumes.

La costumière Anaïs Romand a d’ailleurs remporté le César des meilleurs costumes en 2012 pour L’Apollonide. Pivoines ou plumes d’autruche dans les cheveux, décolletés cernés de fleurs, robes à jupons, corsets à dentelles, velours, satin, soie… une garde-robe à la Jeanne Paquin méticuleusement étudiée subjugue le spectateur.

Chez les couturiers, certaines collections semblent refléter cette atmosphère calfeutrée et quelque peu vénéneuse. Voici une liste d’adresses pointilleuses si vous êtes  un jour chargé(e) d’habiller une troupe de pensionnaires d’une maison close :

Rendez-vous chez Alberta Ferretti au cas où vous seriez en mal de pyjamas de velours vieux rose et de nuisettes en soie vert citronné agrémentés de fine dentelle. Vous pourrez également piocher d’imposants pendants d’oreille de style ottoman.

Une halte chez Coco Chanel sera indispensable si vous souhaitez distiller un parfum de « Mademoiselle » autour des cocottes et les grimer de tons pastels à la Marie Laurencin. Longs gants, coupes droites, jupes de tulle et broches précieuses seront de mise pour embourgeoiser les jeunes filles en fleur.

Pour les déshabillés et dessous chics, faites un détour par le Louis Vuitton des années Marc Jacobs. Faites rivaliser les concurrentes d’élégance pailletée et fourrée avec des kimonos, boas et broderies de cerisier en fleur signés Zuhair Murad.

Afin d’imprégner la maison close d’un esprit carton-pâte, vous pouvez aussi donner carte blanche au couturier royal Naeem Khan. Les petites poupées seront coiffées d’hortensias, de roses et de primevères, parées comme des déesses hindoues et chaussées comme des ballerines. Les robes à volants, les jupons en dentelle et la lingerie noire les envelopperont d’une aura mystérieuse.

Enfin, pour des silhouettes de vestales grecques drapées, faites appel à la Maison Vionnet. Pour sa collection estivale de 2015, la maison avait travaillé la construction du vêtement : corset, porte-jarretelle et bretelles étaient devenus de subtils éléments des tenues aux teintes pures, blanche, nude et diaphane.

Si la loi Marthe Richard aura eu raison des maisons closes, le cinéma continue de faire revivre l’abomination de ces pratiques en même temps que les chimères qu’elles abritaient, leur luxe désuet et leurs tenues d’apparat.

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